Les fêtes agricoles en Dauphiné

Le comice La Roche, la fête de la Batteuse à Fitilieu, la fête des Bouviers à Loriol, la foire aux Tardons à Champoléon, la fête des Battages à Viernoz, la fête de la Transhumance à Châtillon-en-Diois, la Descente des Alpages à Grenoble… : innombrables sont les fêtes agricoles aux quatre coins de l’Isère, de la Drôme et des Hautes-Alpes.

Si leur intitulé diffère, la recette est toujours la même : la mise en avant de la terre et de ceux qui la travaillent, des produits du terroir, des démonstrations de vieux métiers, des producteurs locaux, des bénévoles aux petits soins, des grandes tablées et l’inévitable bal… Et surtout, surtout, une atmosphère joyeuse et de la bonne humeur !

Cette recette gagnante attire les foules. Il n’est pas rare de voir un village tripler ou quadrupler sa population le temps d’un week-end. Dès lors, ce succès interroge : dans notre monde hyperconnecté, où l’on communique plus facilement avec un proche à l’autre bout de la planète qu’avec son voisin, où les « néo-ruraux » ont remplacé les paysans dans les villages, d’où vient ce goût pour les rendez-vous fleurant bon le terroir ? Une explication revient souvent : le retour aux racines. La France reste, à peu de générations près, un pays de cultivateurs, et ces valeurs paysannes resteraient inscrites quelque part dans notre héritage collectif, même sans en avoir toujours conscience.

Populaires au sens noble du terme, ces fêtes de la ruralité rassemblent toutes les générations, pour des raisons différentes. Les plus âgés y retrouvent une part de leur jeunesse devant une démonstration de battage à l’ancienne — le bruit, la poussière, les journées dures passées à aider dans les fermes. Les plus jeunes, eux, découvrent des gestes et des métiers qui ont disparu des campagnes : forgeron, faucheur, tourneur sur bois, scieur de long. Et ils s’y essaient volontiers. À la foire agricole de Grignan, le concours de fauchage à la faux, encadré par les anciens, attire les volontaires. Une façon de faire le lien entre le passé et le présent.

Ces fêtes servent aussi à mettre en avant le monde agricole. Elles offrent aux visiteurs, souvent des néo-ruraux, de mieux connaître le travail de ceux qui les nourrissent. Et de prendre conscience de la réalité, parfois difficile, du métier d’agriculteurs. Elles sont également une vitrine pour les productions locales. La foire aux tardons de Champoléon célèbre le produit phare de la vallée du Champsaur, le tardon, nom donné à un agneau de printemps élevé sous la mère en alpage.

 

Tous ensemble !

Partager, se rassembler, se retrouver. Ces mots reviennent inlassablement dans la bouche des organisateurs, participants, visiteurs. Et des bénévoles, chevilles ouvrières indispensables à l’organisation de ces évènements. Jeunes et vieux, en familles et entre amis, ils donnent de leur temps et de leur énergie pour le plaisir d’être ensemble, pour nouer de nouvelles relations, mais aussi pour faire vivre leur village. Ces manifestations sont en effet souvent le plus grand évènement de l’année dans les communes concernées. Qui connaîtrait Fitilieu, dans le Nord-Isère, sans sa fameuse fête de la Batteuse vieille de quarante ans ?

 

Au final, recréer un lien social authentique est sans doute la clef du succès de ces fêtes agricoles. Il est moins question de la nostalgie d’un monde disparu que du besoin, très actuel, d’authenticité. Après tout, au temps des foires agricoles d’antan, personne n’avait de portable en poche, mais tout le monde se connaissait…

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