La Transhumance

La transhumance est souvent réduite à une image d’Épinal : une marée de moutons paissant l’herbe grasse dans le cadre enchanteur d’un alpage, sous le regard attentif d’un rude berger appuyé sur son bâton. Cette image séduisante s’incarne dans le succès des fêtes de la Transhumance organisées lors de la montée des troupeaux – au col de Rousset, dans le Vercors, au Collet d’Allevard ou à Chamrousse, en Belledonne, au Sappey, en Chartreuse…

Cet aspect folklorique ne doit pas faire oublier une réalité plus prosaïque. La transhumance répond d’abord à un impératif : elle permet aux troupeaux d’accéder, l’été, à une ressource en herbe abondante et naturelle, garantissant ainsi la survie économique des exploitations.

La migration saisonnière des troupeaux demeure bien vivante en France. Elle concerne 7 800 éleveurs et 1 200 000 têtes de bétail (1,05 million d’ovins, 170 700 bovins, 13 800 équins et 10 100 caprins) pour un total de 530 000 ha de surfaces pastorales collectives réparties dans les différents massifs hexagonaux. Les Alpes concentrent, et de loin, la majorité des effectifs : 600 000 bêtes y estivent chaque année sur plus de 350 alpages, un chiffre stable depuis trois décennies.

Il existe différentes formes de transhumance :

La grande transhumance désigne le déplacement estival des grands troupeaux ovins depuis la Basse Provence jusqu’aux Alpes. Cette pratique est attestée depuis le XIe siècle. Elle a forgé les drailles et carraires, les chemins empruntés par les troupeaux jusqu’au siècle dernier, avant leur abandon au profit du transport des animaux en train, puis en camion En Isère, deux tiers des 102 000 moutons présents l’été viennent d’autres départements.

L’estive locale, c’est-à-dire la montée des troupeaux vers des alpages proches, dans la même commune ou le même département.

La destive, ou transhumance hivernale, est le mouvement inverse, des montagnes vers le littoral en hiver.

Au-delà de son poids économique, le pastoralisme joue un rôle clé dans l’entretien des paysages de montagne. Les troupeaux défrichent et limitent la prolifération des plantes invasives. Ils entretiennent également les domaines skiables (110 000 ha d’alpages), contribuant à la prévention des avalanches.

 

Les défis d’aujourd’hui

Le 15 décembre 2025, l’Unesco a inscrit la « transhumance – conduite des troupeaux » au patrimoine culturel immatériel de l’Humanité. Le dossier, déposé en 2018 par la France avec l’Albanie, l’Andorre, l’Autriche, la Croatie, l’Espagne, la Grèce, l’Italie, le Luxembourg et la Roumanie, reconnaît les savoir-faire, les modes de gestion pastorale et les pratiques culturelles liés à cet élevage ancestral.

Cette reconnaissance est une satisfaction pour les professionnels de la filière (éleveurs, bergers, associations professionnelles, organisations syndicales…). Elle doit les aider à préserver et à mieux faire connaître leurs métiers auprès du grand public, et à affronter les nouvelles problématiques de ce début de XXIe siècle.

La prédation. Le retour du loup dans l’ensemble des massifs alpins a profondément transformé l’agropastoralisme. Les troupeaux nécessitent désormais une surveillance renforcée : présence de deux bergers, parcs de nuit, chiens de protection (patous). Ces derniers, indispensables contre les attaques, sont aussi devenus une source de tensions avec les randonneurs qui comprennent mal leur rôle.

La cohabitation avec les autres usagers de la montagne. Ce n’est pas tant l’augmentation de la fréquentation touristique qui pose problème que la méconnaissance croissante des réalités du métier, voire un manque de respect : trailers forçant le passage à travers les troupeaux, drones survolant les bêtes malgré l’interdiction. Pour les bergers, il s’agit avant tout d’un outil de travail et d’un gagne-pain, pas d’un simple élément de décor.

Le réchauffement climatique. La raréfaction de l’herbe et de l’eau oblige déjà certains éleveurs à réduire la taille de leurs troupeaux, une tendance qui pourrait s’accentuer dans les années à venir.

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