Dressée dans le parc Paul-Mistral, la tour Perret est un des monuments emblématiques de la Capitale des Alpes. Inaugurée en 1925, elle est le dernier vestige de l’Exposition internationale de la Houille Blanche et du Tourisme. Elle fut, au moment de sa construction, la plus haute tour en béton armé du monde.
Au début des années 20, le maire Paul Mistral (de 1919 à 1932) a l’idée d’organiser une grande exposition pour célébrer les progrès de la science et des techniques apportés par l’hydroélectricité. Cette énergie est apparue au début des années 1880 grâce à Aristide Bergès qui, le premier, l’a utilisée pour alimenter sa papeterie de Lancey, dans le Grésivaudan. En moins d’un demi-siècle, la « houille blanche », expression forgée par Bergès lui-même, a profondément transformé Grenoble et sa région. La préfecture de province est devenue une ville industrielle et scientifique, couverte d’usines et dotée d’écoles d’ingénieurs de premier plan. L’exposition doit montrer au monde la modernité de la capitale dauphinoise. Une autre ambition est la promotion du tourisme alpin, secteur économique très prometteur.
La Dame de Béton
Pour marquer l’évènement, il faut un monument qui en soit à la fois le symbole et le repère, à l’exemple de la tour Eiffel bâtie pour l’Exposition universelle de Paris en 1889. Ce sera une « tour d’orientation », dont la conception est confiée à l’architecte Auguste Perret (1874-1954) (1). Ce précurseur du béton armé, un matériau apparu dans la construction à la fin du XIXe siècle, voit grand : il se propose d’établir un record mondial avec une tour d’une hauteur totale de 95 mètres à l’extrémité de la pointe la coiffant.
Paris a sa Dame de Fer, Grenoble aura sa Dame de Béton. L’édifice sort de terre en sept mois à peine, entre octobre 1924 et début mai 1925. Reposant sur une base octogonale de 9 m de diamètre, l’ossature se compose de 8 poteaux verticaux qui, ceinturés par 3 anneaux, se resserrent au sommet pour donner une allure conique à la tour. L’espace vide entre les poteaux est comblé par des claustras, des cloisons ajourées, laissant pénétrer la lumière. À l’intérieur, deux ascenseurs et un escalier hélicoïdal de 550 marches desservent une plate-forme circulaire située à 60 m de hauteur, pourvue d’une table d’orientation.
L’Exposition internationale de la Houille Blanche et du Tourisme est officiellement inaugurée par le président du Conseil Paul Painlevé le 21 mai 1925. Elle se tient sur le site de l’ancien polygone du Génie, au sud-est des vieux remparts qui ceignaient la ville et qui ont été rasés pour la circonstance. 10 000 exposants venus du monde entier se répartissent entre une multitude de pavillons et de palais, dont le gigantesque Palais de la Houille Blanche, en béton armé lui aussi. Le tourisme n’est pas oublié, avec en point d’orgue la reconstitution grandeur nature d’un « village alpin », directement inspiré de Saint-Véran, dans les Hautes-Alpes. La tour de M. Perret en est évidemment l’attraction-phare. La plate-forme située à 60 m de hauteur, dévoilant un panorama sur la ville et les montagnes, ne désemplit pas. La nuit, un projecteur installé au sommet balaie la ville.
L’Exposition est un énorme succès. En cinq mois, elle attire un million de visiteurs – pas mal pour une cité comptant alors 85 000 habitants. Grenoble y gagne son surnom de « capitale des Alpes », toujours fièrement proclamé un siècle plus tard.
Rénovation
La fête terminée, presque tous les bâtiments sont démolis. Le Palais de la Houille Blanche est conservé pour accueillir les foires de la ville. Il sera démoli au moment de la construction d’Alpexpo pour les Jeux olympiques de 1968. La tour d’orientation reste aussi debout et devient le cœur d’un nouveau parc urbain, qui prend le nom de Paul-Mistral à la mort de ce dernier.
Fermée dans les années 1960 pour des raisons de sécurité, la tour Perret, classée monument historique, aura attendu six décennies pour rouvrir ses portes au public. Une rénovation complète lui a permis de retrouver sa vocation première de belvédère. En 1925, l’envoyé de L’Illustration écrivait : « C’est seulement du haut de cette tour que l’on peut apprécier exactement la situation incomparable de Grenoble, plantée au milieu du cycle de montagnes le plus parfait qui soit, et qui constitue bien le carrefour des Alpes. » Un siècle plus tard, ces mots sont à nouveau d’actualité.
(1) Après la Seconde guerre, Auguste Perret se verra confier la reconstruction du Havre
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