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La première thérapie contre la rage par deux Bourguignons

La première méthode curative contre la rage d’Enaux et Chaussier

L’histoire de Joseph Enaux

Joseph Enaux naît le 5 juillet 1726 à Dijon. Après ses études de médecine, il prend des leçons avec un chirurgien puis part à Paris suivre les cours d’anatomie, alors très réputés, du Danois Winslow (1669-1760). Agrégé en chirurgie en 1755, il est de retour dans sa ville natale et commence à pratiquer.

 

L’histoire de François Chaussier

Le 2 juillet 1746, soit vingt ans après Enaux, François Chaussier naît également dans la capitale bourguignonne. Formé au collège royal de médecine à Paris, il revient aussi s’établir à Dijon. Continuant ses études de médecine à l’université de Besançon, il en reçoit le titre de docteur en 1780. À ses frais, il donne des cours publics d’anatomie et de physiologie qui obtiennent très vite une grande audience. Devant ce succès, les États de Bourgogne le nomment professeur public. En 1773, un cours gratuit d’accouchement avait été mis en place à Dijon et Joseph Enaux s’était vu octroyer, lui aussi, un poste de démonstrateur.

Les débuts de la thérapie curative de la rage

Popularisation de la thérapie contre la rage

Les deux professeurs écrivent abondamment pour retranscrire ce qu’ils voient et découvrent. Par exemple, les « Observations sur différentes tumeurs polypeuses » d’Enaux publiées en 1783, révèlent son traitement de la tumeur du rectum d’un patient. Enaux raconte comment il l’a ligaturée avant qu’une autre se développe six mois plus tard. Le chirurgien explique qu’il a dû renouveler l’opération, mais que malheureusement le malade a succombé six semaines après. Il relate l’autopsie en détaillant comment il a lié les tumeurs à l’aide d’une corde de violon.

 

Sollicités par les États de Bourgogne pour un ouvrage en commun, Enaux et Chaussier dévoilent, en 1785, leur « Méthode de traiter les morsures des animaux enragés et de la vipère ». Aussitôt envoyée aux prêtres des paroisses et aux responsables des communes, elle apporte, pour la première fois, des moyens rationnels pour lutter efficacement contre les accidents dus aux morsures d’animaux atteints de la rage (chats, chiens, renards, loups, etc).

 

Cette méthode parle aux gens des campagnes. Chaussier et Enaux l’ont rédigée clairement et simplement. Contrairement à leurs contemporains, ils ont évité les inconvénients des livres de médecine populaire, les théories inutiles et les remèdes incompréhensibles. Ainsi, le lectorat n’y trouve aucune discussion théorique sur la nature et la marche de la maladie, mais des indications sur les faits les plus essentiels et surtout… des moyens curatifs exposés en détail. C’est en soi une « petite révolution ». Précurseur des livres de premiers soins, cette méthode est la première à décrire la rage, ses conséquences et les moyens de la prévenir.

 

En quoi consiste le traitement contre la rage ?

Chaque partie est terminée par une série de propositions qui résument les points principaux des symptômes et du traitement. Il est, notamment, expliqué qu’il faut cautériser immédiatement la piqûre de vipère ou morsure de chien au fer rouge, puis traiter la plaie à l’aide de pois et d’autres produits. L’ouvrage est complété d’une partie présentant la « pustule maligne » (appelée alors également bouton malin, charbon malin ou puce maligne). Enaux et Chaussier expliquent comment la reconnaître, car, selon eux, la reconnaître signifie diagnostiquer la rage. Les deux médecins font comprendre que la pustule maligne a pour cause un virus septique développé d’abord chez les animaux et transmis accidentellement à l’homme par le contact.

 

Le devenir de leur thérapie contre la rage ?

Grâce à la portée considérable du livre, les deux médecins vont jouir d’une grande liberté qui va leur permettre d’exercer la médecine, la chirurgie et leurs cours pendant les heures les plus sombres de la Révolution française.

 

Malheureusement Enaux meurt subitement à Dijon le 27 novembre 1798. Convaincu qu’il a été précurseur et que, sans lui, sa propre destinée aurait été différente, Chaussier se met en devoir de continuer les travaux d’Enaux. Il les peaufine et fait ainsi paraître des livres de toxicologie, traitant des poisons les plus divers (champignons vénéneux, plantes toxiques, drogues et autres). Un décret du 7 vendémiaire an III (28 septembre 1794) ayant créé officiellement l’École centrale des travaux publics, future École polytechnique (sur l’impulsion d’autres Bourguignons), Chaussier est nommé « officier de santé » (désignation révolutionnaire pour les médecins) pour soigner les élèves malades et donner des leçons sur « l’art de prévenir les maladies et de les soulager ». En 1804, il est nommé médecin de l’hospice de la maternité. Le 21 novembre 1822, une ordonnance royale réorganise la faculté et Chaussier perd définitivement sa chaire. Le lendemain, pendant ses fonctions à l’hospice, une crise d’apoplexie le laisse hémiplégique. Il continue à exercer à la maternité jusqu’à ce que sa santé l’en empêche définitivement.

 

Décédé à Paris le 19 juin 1828, à 82 ans, trente après Enaux, Chaussier est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. On sculptera son buste mais on l’installera… sur la tombe de Joseph Fourier, un autre Bourguignon. Il s’y trouve encore.

 

Olivier Grandjean

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