Plante des montagnes : Le GUI

Le GUI

Surnoms : herbe de bique, bois de la ste-Croix.
Patois : l’jilion, l’villion, l’guillon, l’guiépo.

Quand on parle du gui, surgissent en mémoire les images de nos anciens livres d’école : chez les Celtes, il était une plante immortelle qui « guérit tout », chez les Gaulois, il devenait sacré s’il poussait sur un chêne. Les cérémonies rituelles de sa cueillette par les Druides, au 6ème jour de la 1ère lunaison de l’année, ont alimenté les récits de nombreux conteurs. Ce végétal quasi mythique est toujours considéré, au XXIè s., comme portant bonheur : « le traditionnel baiser du Nouvel An sous la boule de gui ».

Le gui est certainement le seul végétal à croître naturellement en forme de boule : il n’a aucun contact avec le sol et ses rameaux se développent de façon bifurquée. Avec ses jolis fruits blancs, il est du meilleur effet en décoration d’hiver.

On le classe dans les Dicotylédones et il appartient à la famille des Loranthacées. Son nom de Viscum est la traduction de gui en latin, et album, blanc, désigne la couleur de ses fruits.

Ce végétal toujours vert est très curieux. Quand le gui croît sur la face inférieure d’une branche, il se développe sans se redresser vers le ciel, comme toutes les autres plantes. Il vit sur les arbres, sans forcément leur nuire – quand il est à l’état isolé, bien sûr. En hiver, « le gui se nourrit par l’assimilation chlorophyllienne, et cède à l’arbre qui le porte une partie de ses substances nutritives qui passe alors dans la branche qui le supporte. » (Gaston Bonnier).

Le gui se nourrit bien de la sève de l’arbre, mais comme ses feuilles vertes assurent la fonction chlorophyllienne, le gui se classe parmi les hémi-parasites.

Les rameaux du gui sont des tiges articulées et rigides qui se ramifient en 2 nouveaux rameaux. Chaque segment représente une année de croissance. Il est donc facile de calculer l’âge d’une grosse boule dont le développement est très lent (jusqu’à 30 ans). Comme chaque rameau pousse « en croix », toutes les feuilles se retrouvent groupées en périphérie de la touffe, formant ainsi une « boule ». La tige est ligneuse, recouverte d’une écorce fine et souple, du même vert que les feuilles.

Les feuilles plates partent en vrille. Opposées, épaisses, coriaces, vertes pour les plants femelles et verdâtres pour les plants mâles, elles sont obtuses au sommet et rétrécies à la base. Les 2 faces sont semblables et parcourues par 5 nervures parallèles.

Le gui est dioïque, c’est-à-dire que ses fleurs mâles et femelles se trouvent sur des plants différents. Les fleurs, jaunâtres, apparaissent de mars à mai, groupées à l’aisselle des nouvelles feuilles et des ramifications successives. Elles sont peu visibles. Les fleurs mâles ont 4 sépales soudés à la base ; les fleurs femelles ont leurs ovaires situés en dessous. On dit que leur fécondation se fait par l’entremise des fourmis.

Les fruits arrivent à maturité en fin d’automne-début d’hiver : ce sont des baies de la grosseur d’un petit pois, de couleur blanc nacré, translucides, réunies par 3 ou 5. Leur chair est fortement visqueuse et collante. Chaque baie ne contient qu’une graine, assez grosse, aplatie et ovale, entourée de filaments fibreux et collants.

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Ces baies sont très toxiques, car elles contiennent des alcaloïdes. Par contre, elles font le régal des oiseaux en hiver : les grives draines, surtout, dont le nom latin Turdus viscivorus signifie « dévoreuse de boules de gui ». Leurs fientes vont être le vecteur de reproduction et de dissémination du gui ! Répandues sur les branches, ces fientes vont « semer » les graines qui ont passé par le système digestif des grives et qui sont toutes prêtes à germer dans l’écorce des arbres.

Quand elle germe, la graine forme une espèce de ventouse, sous laquelle un suçoir va traverser l’écorce de l’arbre et pénétrer dans le 1er cerne du bois.

Un an plus tard, poussent les deux premières feuilles qui vont se développer dans deux directions opposées, au sommet d’une petite tige. Puis le 1er croisillon va s’épaissir, et l’année suivante, apparaîtront au moins 2 nouvelles pousses ; et ainsi de suite, la plante va se démultiplier.

Le « suçoir » d’origine reste en place dans le cerne qu’il avait atteint au départ. Il s’allonge au fur et à mesure de la croissance de l’arbre dont l’écorce va s’épaissir et contourner le « suçoir » et former des renflements. D’où la formation de trous dans le bois contaminé. Quand l’invasion de boules de gui est supérieure à ce que peut supporter l’arbre, ce dernier va cesser de grandir, ou dépérir lentement.

Les arbres les plus réceptifs à la germination du gui sont les pommiers, les peupliers (on le confond parfois de loin avec un nid d’oiseaux), les sapins. Il est très rare sur les chênes. Les bois « guités » deviennent beaucoup moins résistants à la sécheresse, au vent, aux insectes. Les trous formés par les suçoirs du gui noircissent, le bois devient impropre au sciage. Les sapinières décimées par le gui ont été remplacées par des plantations d’épicéas.

Extrêmement résistant, le gui n’a aucun ennemi. Quand on le coupe, il repousse grâce à ses rejets qui se trouvent à l’intérieur de la branche. Mieux vaut donc couper la branche (quand elle est petite), ou enlever à la scie 1 cm de profondeur pour détruire les « suçoirs ».

Nos Anciens s’attachaient à détruire le gui. Les lois de 1888 et 1893 obligeaient à le couper sur les arbres sous peine d’amende. En 1904, un arrêté préfectoral rendait obligatoire la destruction du gui avant le 30 avril de chaque année. Cet arrêt fut renouvelé en novembre 1962.

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